Matériaux différents, propriétés différentes

Plusieurs bâtiments comprennent un parement extérieur qui est constitué de différents éléments de maçonnerie. Cette mixité entraîne parfois des réactions inattendues qui peuvent gâcher l’esthétique du bâtiment ou même occasionner la détérioration prématurée du parement mural extérieur. En effet, les différents matériaux utilisés sur un même parement peuvent avoir des comportements différents en réaction à l’humidité et au dioxyde de carbone présent dans l’air , entre autres. 


Microfissuration dans les blocs de béton du parement (Photo prise par Technorm)

 

Interaction entre les matériaux

Prenons l’exemple d’un bâtiment sur lequel des microfissurations se produisaient sur les blocs de béton utilisés dans le parement.  Dans celui-ci, des bandeaux constitués de briques d’argile de 257 X 79 mm et de 90 mm de profondeur sont insérés dans un mur majoritairement recouvert de blocs de béton de 590 X 190 mm et de 90 mm de profondeur. Aucune fissuration ne se produisait dans la partie recouverte uniquement de blocs de béton. Cependant, vis-à-vis les bandeaux de briques d’argile, des microfissurations se produisaient à certains intervalles au centre des blocs de béton.

Des essais en laboratoire ont alors été effectués, autant sur les briques que sur les blocs, afin d’en déterminer les comportements physico-mécaniques. Dans ce cas-ci, les blocs de béton subissaient un rétrécissement permanent (retrait) dû à la réaction entre le béton et le dioxyde de carbone présent dans l’air (phénomène de carbonatation qui se produit inévitablement dans ce matériau) . À l’inverse, les briques d’argile subissaient une dilatation permanente (expansion) due à l’effet de l’humidité sur les composantes de la brique elle-même.

Cette différence de comportement entre les deux matériaux, retrait pour les blocs de béton et expansion pour les briques d’argile, entraînait donc la fissuration des blocs de béton qui, de par leur longueur (590 mm contre 257 mm pour la brique) comportaient moins de joints de mortier susceptibles de répartir de tels mouvements différentiels.

Règlementation à respecter lors de la construction 

La règlementation concernant les parements extérieurs des bâtiments comporte des directions à suivre quant aux réactions observées dans notre exemple . D’abord, dans notre exemple, la longueur de 600 mm des blocs de béton dépassait de 50 % la longueur maximale de 400 mm permise pour de tels éléments par la norme CAN/CSA S304.1-04, ce qui accentuait la problématique de retrait de ceux-ci.

De plus, les parements extérieurs en maçonnerie sont assujettis à différentes normes qui sont citées par renvoi dans le Code de construction du Québec, Chapitre I – Bâtiment. Ces normes font partie intégrante des règles de l’art applicables en matière d’ouvrages de maçonnerie. Plus particulièrement, ces ouvrages doivent respecter la norme CAN/CSA A165.1-04. Cette norme réfère à un bulletin technique TEK 10 émis par la National Concrete Masonry Association (NCMA). Ce bulletin technique traite justement de ce mouvement différentiel qui se produit entre les éléments de béton qui rétrécissent et les briques d’argile qui se dilatent.


Dessin fait par Technorm

Mur test et travaux correctifs

Afin d’empêcher la fissuration des blocs de parement en béton, il était nécessaire de contrôler les efforts qui étaient induits dans cette partie du parement par la poussée latérale exercée par la dilatation des briques d’argile.

Il fallait donc prévoir des joints de contrôle supplémentaires dans le parement en blocs de béton afin de contrôler ce mouvement. Ces joints devaient être présents tant verticalement qu’horizontalement afin de bien jouer leur rôle. L’architecte concepteur du projet a donc élaboré un détail de construction particulier qui permet la mise en place de tels joints.

Les blocs fissurés ont dû être remplacés et des joints de contrôle verticaux et horizontaux ont été faits au moyen de cales de glissement et de produits de scellement qui ont été balayés en surface afin de donner le même fini que les joints de mortier adjacents.

Un mur test a été réalisé et, à la suite de son bon comportement pendant un an, les travaux correctifs ont été effectués sur l’ensemble des murs extérieurs présentant la problématique de microfissuration des blocs de béton de parement. Aucune fissuration ne s’est produite depuis ce temps sur les murs comportant les deux types de maçonnerie.


Extrait des plans des travaux correctifs

Parement après la réparation du mur (Photo prise par Technorm)

 

Conclusion

Afin de trouver la cause du problème, une méthode de travail rigoureuse et scientifique est essentielle. Ainsi, des solutions correctives peuvent être mises en place et la résolution d’un litige peut se produire avant d’aller en procès, ce qui représenterait des frais importants pour tous les intervenants. Technorm est fier de pouvoir accompagner sa clientèle dans cette démarche.

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Par André Gobeil, architecte
Chef de service – Bureau de Québec